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  Les sites des villes et communes belges manquent fortement de convivialité
AGConsult a évalué l'utilisabilité des sites Web de 55 villes et communes situées dans toutes les provinces belges ainsi que dans la Région Bruxelles Capitale. Ces sites ont été analysés sur la base de vingt critères d'utilisabilité. Le résultat est consternant : non moins de 85% des sites ne répondent pas correctement à 14 de ces critères et plus. Ainsi les sites des villes et communes marquent un score nettement inférieur par rapport au site belge moyen. L'étude Belgian Web Usability, qui avait été réalisée en janvier 2002 révélait déjà que 60% des sites belges ne répondaient pas à 14 de ces critères élémentaires au moins.

L'étude

Le secteur manque d'une norme. Les études concernant l'e-gouvernement en Belgique portent sur des questions telles que le nombre de sites publics, les opportunités offertes ou les technologies utilisées. En revanche, jamais n'est soulevée la question de savoir si les sites répondent aux besoins et attentes des citoyens et si ces citoyens peuvent ou non utiliser ces sites et leurs applications. Pourtant, la réussite d'un projet de e-gouvernement dépend largement d'aspects tels que l'accessibilité, l'utilisabilité et la clarté. Le secteur manque cruellement d'une norme, qui soit basée sur une évaluation objective de l'utilisabilité des sites publics. AGConsult a l'intention de répéter annuellement cette étude de manière à pouvoir suivre l'évolution de l'e-gouvernement au niveau local.

La sélection des sites. Pour obtenir l'échantillon le plus objectif possible, cinq sites ont été sélectionnés dans chacune des dix provinces belges ainsi que dans la région Bruxelles Capitale ; outre le site du chef-lieu, les sites de villes et communes plus petites ont également été retenus.

Méthodologie. Les sites ont été évalués entre le 15 juillet et le 15 septembre par divers utilisateurs testeurs puis analysés par les experts d'AGConsult. La liste des vingt critères de base qui ont servi à l'étude est la même que celle utilisée dans l'enquête Belgian Web Usability 2002. Cette liste a été conçue sur la base des remarques et griefs formulés par les utilisateurs dans le cadre de tests. La plupart des critères élémentaires se divisent en différents sous-critères de sorte que chaque site a été évalué sur une cotation globale de plus de 100 points. Pour remplir un critère élémentaire, un site doit répondre correctement à tous les sous-critères. Dans la mesure où la méthodologie ainsi que la grande majorité des critères utilisés correspondent à ceux employés dans l'enquête Belgian Web Usability 2002, les résultats des deux études ont pu être comparés. Outre les vingt critères élémentaires, une attention particulière a été consacrée au bon usage des fichiers étrangers au navigateur ainsi qu'à la convivialité d'impression des sites - deux aspects essentiels sur les sites publics.

Les résultats

En général. Les résultats de l'étude indiquent clairement que l'e-gouvernement, au niveau local, a encore beaucoup de chemin à faire. Les sites qui marquent les meilleurs scores atteignent à peine 7 points sur les vingt critères alors que dans l'étude BWU2002, quelques sites parvenaient tout de même à remplir la moitié des critères et plus. Pour combler le fossé digital entre les pouvoirs publics et le citoyen, il ne suffit pas de fournir un ordinateur et une connexion Internet à chacun. Les sites mis en ligne doivent contenir des informations utiles et être facilement compréhensibles et utilisables par tous les visiteurs.

Quelques chiffres :
  • 43% des sites ne sont pas compatibles avec les dernières versions de Netscape, Opera ou Mozilla ;
  • 38% des sites ne peuvent pas être visualisés correctement sans Flash ou Java ;
  • 95% des sites ne répondent pas aux conditions élémentaires d'accessibilité pour les malvoyants, daltoniens et aveugles ;
  • Plus de 80% des sites contiennent des liens erronés ou brisés ;
  • Deux-tiers des sites utilisent des cadres ;
  • Environ la moitié des sites ne prévoient pas de navigation sur chaque page ;
  • Sur 13% des sites à peine, les informations de contact sont complètes et facilement accessible à partir de chaque page ;
  • Sur 1 site sur 5 à peine, toutes les pages sont reproduites correctement et sont entièrement lisibles à l'imprimante.

La taille ne fait pas le cancre. Les résultats ne diffèrent pas beaucoup entre les sites des grandes villes et ceux des petites communes. Les sites Web qui disposent d'un grand budget sont souvent mieux lookés mais ils ne sont pas plus conviviaux pour autant. Le même phénomène ressortait de l'étude Belgian Web Usability 2002, dans laquelle les multinationales se révélaient plus cancres que les petites entreprises. Il convient de souligner que, dans certains cas, cela s'explique par la grande variété de possibilités offertes par ces sites : plus l'offre est large, plus les risques d'erreurs augmentent. Néanmoins, il va sans dire que l'importance de la taille ne doit pas servir à un site pour justifier sa faible utilisabilité.

Des disparités régionales. Bien que les sites des villes et communes wallonnes semblent à première vue moins professionnels (couleurs plus vives, plus d'icones, etc.), il n'existe pas de différence, en termes d'utilisabilité, entre les régions. De même les disparités entre les provinces sont insignifiantes.

Des utilisateurs sur leur fin. Les utilisateurs veulent plus que ce que leur offre actuellement le site moyen d'une ville ou d'une commune. L'offre en informations, par exemple, est souvent très limitée ou est proposée là où l'utilisateur ne l'attend pas, de sorte que celui-ci ne trouve pas ce qu'il recherche. Même les réponses aux questions les plus simplistes telles que l'adresse et les heures d'ouverture de la maison communale ou de l'hôtel de ville, nécessitent souvent de longues minutes de recherche… quand ces informations se trouvent bien sur le site.
Les e-guichets ne remplissent pas non plus les attentes de l'utilisateur : ils y sont souvent dans la forme, mais pas dans le contenu, qui se limite parfois à un simple encart d'information. Dans d'autres cas, l'on trouve bien quelques formulaires mais ceux-ci ne peuvent être remplis et envoyés en ligne ; l'utilisateur doit les télécharger, les imprimer et les déposer à la maison communale ou à l'hôtel de ville. Ce n'est pas ce que le citoyen moyen attend d'un guichet digital.

Suggestions d'avenir

Une structure de base uniforme. Un des constats frappants de cette étude concerne le manque d'uniformité tant au niveau de la structure informationnelle que sur le plan de la terminologie et des procédures d'inscription aux guichets en ligne. Outre le manque de sens pratique, l'étude fait également état d'un grand gaspillage de ressources. Il serait donc tout à fait opportun d'envisager une étude globale, visant à définir la structure informationnelle idéale de même qu'à établir des directives concernant l'organisation, la terminologie et le fonctionnement élémentaire des principaux éléments de ces sites publics. De cette manière, les villes, les communes et leurs concepteurs Web ne devront plus, à chaque projet, réinventer le fil à couper le beurre et répéter de ce fait toujours les mêmes erreurs.

Des directives en matière d'utilisabilité. Dans la mesure notamment où les formations sur le développement Web se concentrent principalement sur les aspects techniques et créatifs de la " construction Web " (html, Flash, Dreamweaver, JavaScript ...), les webmestres, concepteurs et informaticiens maîtrisent rarement les notions d'utilisabilité. Ils possèdent certes les bases techniques pour développer un site mais non les connaissances nécessaires pour garantir sa convivialité. Quoiqu'il soit impossible de formuler des directives pour chacun des aspects qui touchent à l'utilisabilité, la pratique révèle que de nombreuses règles élémentaires contribuent de manière significative à l'utilisabilité d'un site Web.
C'est pour cette raison qu'AGConsult a établi 200 directives qui touchent à tous les aspects des sites propres aux villes et aux communes. Ces directives couvrent des éléments tels que l'accessibilité, la compatibilité, la navigation, la lisibilité, les formulaires en ligne, le fonctionnement de la fonction de recherche, etc. Ces directives illustrées par de nombreuses captures d'écran, s'adressent à toutes les personnes impliquées de manière interne ou externe au développement ou à l'optimisation des sites des communes et des villes. Le guide des directives peut être commandé en ligne au prix de 125 euros (hors TVA).

Des directives en termes de rédaction. Autre enfant pauvre d'une majorité des sites étudiés : la langue et ses usages. Certains sites présentent des textes entièrement récupérés de brochures existantes (qui renvoient même parfois au site pour plus d'informations) ; d'autres abusent d'un jargon ou de termes administratifs obscurs ; d'autres encore débordent de textes sans vraiment donner des informations concrètes. Par ailleurs, les titres et les introductions sont rarement adaptées au média de l'Internet. C'est la raison pour laquelle AGConsult a conçu un ouvrage qui reprend une quarantaine de conseils pratiques sur la rédaction pour les sites publics. Cet ouvrage se base à la fois sur l'étude réalisée ainsi que sur une série de séminaires organisés par AGConsult en septembre et octobre 2002 à la demande des autorités fédérales.

Conclusion
L'e-gouvernement exige davantage que de proposer un site en ligne : le citoyen doit y trouver une valeur ajoutée. Or ce principe élémentaire est rarement appliqué par les sites publics, que ce soit en termes d'utilisabilité ou de réponse aux attentes des utilisateurs (l'exemple des e-guichets qui se limitent à un encart de présentation est assez éloquent). Cette situation est dangereuse : toutes les études révèlent que les navigateurs reviennent rarement sur un site qui n'a pas répondu à leurs attentes. Dès lors, il vaut mieux proposer un site de taille réduite mais comportant des informations qualitatives et utiles qu'un site regorgeant de choix et de possibilités mais exempt de contenu réel.

6 novembre 2002

 

 

 
Publications :
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